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Dom Paul Delatte - Chap XX Du respect dans la prière
Écrit par Administrator   
22-05-2009
 

Ecrit par Dom Paul Delatte (1848, 1937), troisième abbé de Solesmes: Commentaire de la Règle de saint Benoît - Chap XX Du respect dans la prière

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Si cum hominibus potentibus volumus aliqua suggerere, non praesumimus nisi cum humilitate et reverentia : quanto magis Domino Deo universorum cum omni humilitate et puritatis devotione supplicandum est ?

Quand nous voulons soumettre une requête à des grands personnages, nous ne l’osons qu’avec humilité et respect ; combien plus faut-il supplier le Seigneur Dieu de l’univers en toute humilité et dévotion sincère.

  Nous reconnaîtrons aisément que ce chapitre ne fait pas double emploi avec le précédent. Dans le XlXe, il est question de la prière conventuelle et officielle, de l’audience solennelle que donne le Seigneur : aussi le titre nous parie-t-il de disciplina, de cérémonial ; dans le XXe, il s’agit de la prière privée ; et, pour écarter les périls d’une liberté plus grande laissée à chacun, on nous parle du respect avec lequel nous devons toujours aborder Dieu, reverentia.

La comparaison et l’à fortiori par lesquels débute N. B. Père lui étaient suggérés par son bon sens surnaturel et par ses lectures [1], mais il n’est pas impossible qu’il ait reconnu de plus dans cette image un trait des mœurs romaines. La société n’était pas encore démocratisée et nivelée. Il y avait une aristocratie puissante, groupant autour d’elle non pas seulement une armée d’esclaves, mais une vaste clientèle, clientela, Composée d’hommes libres ou d’affranchis, qui vivaient attachés au maître, d titre d’amis, de comites ou simplement de clients ; chaque jour, ils s’en venaient saluer le maître ou solliciter une grâce, lui rendant en respect ce qu’ils recevaient de lui de ressources et de sécurité :

Si non ingentem foribus domus alla superbis

Mane salutantum totis vomit aedibus undam [2].

 

Les clients étaient un peu de la famille du maître ; ils étaient associés à son gouvernement et à ses intérêts ; leur demande ressemblait donc à une indication discrète de ce qui leur semblait opportun : ils “ suggèrent”, dit saint Benoît ; et ce terme devient admirablement théologique dès qu’il s’applique à notre prière. Si nous n’osons aborder les puissants du monde qu’avec humilité et révérence, si le sens des bienséances et notre propre intérêt nous font prendre devant chacun d’eux l’attitude qui convient : à combien plus forte raison nos suppliques au Seigneur et Maître de toutes choses doivent-elles lui être adressées en toute humilité, dévotion et pureté !

L’humilité, nous le savons, naît de la conscience de ce qu’est Dieu et de ce que nous sommes devant lui. L’habitude d’être en rapport avec .Dieu, la facilité avec laquelle il se laisse aborder, les formes très humbles qu’il prend lui-même lorsqu’il descend vers nous : rien de tout cela ne doit diminuer notre respect. C’est une des marques les plus assurées de l’illusion que de traiter Dieu comme un égal, comme un homme qui a contracté avec nous et avec lequel nous sommes en comptes. Lorsque le Seigneur, dans l’Évangile, nous invitait à la prière confiante, pressante, même importune, il n’entendait point légitimer par avance le ton étrange de sommation, de réquisition, que prennent parfois les demandes - et quelles demandes ! - de chrétiens mal éclairés. Quelle que soit la dignité surnaturelle à laquelle Dieu nous ait élevés, il n’y a jamais motif pour nous élever nous-mêmes, pour concevoir de l’audace, ni pour oublier qui est Dieu.

La pureté : elle est mentionnée jusqu’à trois fois dans ces quelques lignes. Nous devons l’entendre non seulement, au sens spécifique, de l’éloignement des affections grossières, mais encore du détachement de toute affection créée, de l’absence de tout alliage inférieur. C’est une garantie de l’efficacité de notre prière, lorsque nous pouvons dire à Dieu

“ Il y a sans doute chez moi, à mon insu, des tendances que vous voyez, Seigneur, et qui ne vous plaisent pas : je ne les aime pas non plus et je les désavoue ”. Lorsque notre volonté, par laquelle se font les contacts, est libre de toute attache irrégulière, Dieu nous a établis dans la vraie pureté. Mais saint Benoît n’a pas dit simplement : la pureté ; il a dit : la dévotion de la pureté. La dévotion, dans le langage moderne, c’est la flamme de la charité, c’est cette disposition d’ardeur habituelle dans le service de Dieu qui nous fait accomplir avec promptitude, avec persévérance, avec joie, tous nos devoirs envers lui. Mais le terme latin devotio a une signification, non pas très différente, mais plus profonde. La devotio, c’est l’appartenance, le dévouement, l’assujettissement comme état, comme situation fixe, continue, même juridique ; et dans l’espèce, c’est la servitude consentie et aimée, la sujétion volontaire à Dieu et à toutes les conduites de Dieu. Au chapitre XVlll, nous avions le même sens de devotio : Nimis mers devotionis suae servitium ostendunt monachi ; et la Liturgie invoque Notre-Dame pro devoto femineo sexu. Puritas, c’est l’affranchissement de toute servitude étrangère qui confisquerait à son profit une part de notre amour ou de notre activité ; devotio, c’est la plénitude de l’appartenance au Seigneur.

 

Et non in multiloquio sed in puritate cordis et compunctione lacrimarum nos exaudiri sciamus

 

Et, sachons-le, ce n’est pas dans un flot de paroles mais dans la pureté du. cœur et les larmes de la componction que nous serons exaucés.

 

 

Après avoir décrit en trois mots les dispositions intérieures avec lesquelles nous devons aborder Dieu, saint Benoît .passe au côté extérieur et plus matériel de la prière. Avec le Seigneur lui-même [3], avec saint Augustin [4], Cassien [5], tous les Pères, il nous recommande d’éviter le verbiage. Le culte juif n’était pas le seul qui fût devenu, grâce au travail des prêtres, un ritualisme difficile et compliqué, une religion de gestes et de mots ; mais le ritualisme et le verbiage avaient envahi les cultes païens, spécialement celui de Rome : Putant enim quod in multiloquio suo exaudiantur, disait le Seigneur. Ce n’est pourtant pas la multitude des paroles qui fait le réalité de la prière. Nous ne prions en paroles que pour nous affranchir un jour des paroles, et adorer, louer, aimer en silence “ la Beauté qui ferme les lèvres ”. In spiritu et veritate oportet adorare. La prière a point sa source dans le cœur et il y a une prière du cœur qui ne s’emprisonne point dans des mots. Et cette prière est exaucée toujours, parce que c’est l’Esprit de Dieu même qui l’inspire et la formule en nous : Nam quid oremus, sicut oportet, nescimus ; sed ipso Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus (Rom VIll, 26). Prier dans la pureté de notre cœur, c’est, nous l’avons dit, montrer au regard et au cœur de Dieu le désir et la tendresse d’une âme libre, dégagée des .préoccupations basses, unie à lui par la conformité de volonté.

Et compunctione lacrymarum. L’expression est empruntée à Cassien [6], dont il faut lire les conférences sur la prière ; lui aussi parle souvent de la vraie pureté du cœur, de la prière pure [7]. La componction, - encore que l’Imitation nous dise qu’il vaut mieux l’éprouver que la définir, - c’est l’attendrissement intérieur que créent en nous, à la lumière de foi, le souvenir de nos fautes et la pensée des bienfaits de Dieu. Plusieurs fois, dans la Règle, N. B. Père a rapproché la prière et les larmes, comme si les deux choses allaient naturellement l’une avec l’autre : Si alter vult sibi forte secretius orare, dit-il au chapitre LIl, simpliciter intret et oret, non in clamosa noce sed in lacrymis et intentione cordis. Saint Benoît, nous le savons par saint Grégoire, avait le don des larmes ; et ce qui intrigua un jour le bon Théoprobe, ce fut moins l’abondance et la durée des larmes de N. B. Père que leur tristesse profonde : Cumque diu subsisteret ejusque non finiri lacrymas videret, nec tamen, ut vir Dei consueverat, erando plangeret, sed moerendo, quaenam causa tanti luctus existeret, inquisivit [8]. Le don des larmes est considéré comme le moindre de tous les dons charismatiques ; mais il a te mérite de ne porter pas à l’orgueil, celui aussi de ne laisser place à aucune distraction dans la prière : il les noie toutes ;

 

Et ideo brevis debet esse et pura oratio, nisi forte ex affectu inspira tionis divinae gratix protendatur. In conventu tamen omnino brevietur oratio, et facto signo a priore, omnes pariter surgant

 

C’est pourquoi la prière doit être brève et pure, sauf le cas où elle se prolongerait sous l’effet d’un sentiment inspiré par la grâce divine. En communauté, cependant, la prière . sera toujours très brève et, au signal du supérieur, tous se lèveront ensemble.

 

 

Saint Benoît énonce la conclusion pratique : notre prière doit être brève et pure, brève afin d’être pure [9] Telle était la conduite des moines d’Égypte, font observer saint Augustin et Cassien ; ils préféraient se tenir en contact avec le Seigneur par de rapides et multiples oraisons jaculatoires, plutôt que par ces longues prières où l’on formule souvent bien des demandes superflues [10], où l’on s’occupe surtout de soi, et qui peuvent dégénérer en fatigue, en torpeur, en marasme. Rappelons nous d’ailleurs l’inévitable danger qu’auraient couru, au temps de saint Benoît, et que courent maintenant encore certaines intelligences peu cultivées, certaines âmes peu formées, à être maintenues d’office dans une prière prolongée. Une éducation préalable est indispensable pour l’oraison mentale lorsqu’elle doit durer quelque peu. Au bout d’un instant on a tout dit. La pensée s’en va ailleurs. Quelquefois on la ramène, mais elle s’échappe de nouveau, vers n’importe quelle direction ; quelquefois on ne songe même pas à la ramener : le temps s’écoule en divagations, et l’on arrive au bout de sa demi-heure en se demandant quelle a été la part de Dieu dans l’oraison qui vient de se terminer en sursaut. Et pourtant nous connaissons tout à la fois et notre religion et nos besoins, peut-être même notre théologie

Il va de soi que N. B. Père ne songe point à réduire le temps que notre ferveur voudrait donner à Dieu ; il prévoit même formellement le cas où la grâce divine provoquerait en nous un mouvement intérieur de dévotion qui nous fît prolonger la prière. Moyennant que le travail qui nous est imposé comme obédience n’en souffre point et que nous ne négligions aucunement nos autres devoirs, ce goût de l’oraison, n’a rien que de légitime. Mais afin de conjurer l’illusion et de tout consacrer par l’obéissance, il ne faut pas introduire dans notre règlement et nos habitudes de longues stations d’oraison qui n’auraient pas obtenu, au préalable, l’agrément de l’Abbé. Les Constitutions déterminent le minimum du temps que chacun doit consacrer à la prière. Et plaise à Dieu qu’il y ait toujours dans des âmes monastiques assez de sens de leur vocation pour que les supérieurs soient dispensés de toute enquête et de toute contrainte sur ce point ! On ne prétend pas d’ailleurs nous imposer une “ méthode ” on ne nous défend pas de parler à Dieu dans la méditation tranquille de la sainte Écriture ou des textes liturgiques ; la lectio divina que prescrit la Règle est quelque chose de plus qu’une simple préparation à la prière, et c’est sous le bénéfice de ces deux heures de lecture que N. B. Père pouvait recommander que la prière des moines fût brève pour être pure.

La dernière disposition de ce chapitre est encore inspirée par la discrétion. S’il est permis à un frère d’accorder un peu plus à la prière privée lorsqu’une grâce de Dieu l’y invite, on conçoit qu’il serait peu mesuré de demander à la communauté entière de longs suppléments à son œuvre liturgique quotidienne. Saint Benoît ordonne donc que l’oraison conventuelle soit toujours très courte : omnino brevietur, et que tous se lèvent en même temps, au signal du supérieur. De quelle oraison s’agit-il ? Cassien raconte comment, après chaque psaume, chez les moines d’Égypte, tous prient quelques instants debout et en silence, puis se prosternent à terre, se relèvent presque aussitôt et s’unissent enfin d’intention à celui qui récite la collecte : Cum autem is, qui orationem collecturus est, e terra surrexerit, onanes pariter eriguntur, ita ut nullus ?aec antequam inclinetur ille genu flectere nec cum e terra surrexerit remorari praesumat, ne non tam secutus fuisse illius conclusionem, qui precem colligit, quam suam celebrasse credatur[11].Mais saint Benoît ne prescrit nulle part de prière privée ni de collecte après chaque psaume : elles sont remplacées par les antiennes. Il semble faire allusion ici aux prières qui terminaient les offices (voir le chap. LXVIl) [12] : une portion était silencieuse et mentale ; on la faisait incliné ou prosterné et il appartenait à l’Abbé de l’abréger. Si courte qu’elle fût, cette oraison conventuelle décourageait le moine de Pompéianus dont il est parlé dans la Vie de saint Benoît, et qu’un petit diable noir entraînait dehors :Ad orationem stare non poterat, sed mox ut se fratres ad studium orationis inclinassent, ipse egrediebatur foral... Cumque vir Dei venisset in eodem monasterio et constituta hora, expleta psalmodia, sese fratres in orationem dedissent, etc. [13]. Saint Benoît ne parle jamais d’une oraison conventuelle, distincte de L’ŒUVRE de Dieu : Expleto opere Dei, omnes cum summo silentio exeant... Sed si alter vult sibi forte secretius orare, simpliciter intrel et oret (chap. LII).



[1]              S. BASIL., Reg. conlr., CVIII (cf. Reg. brev., cei). - CASS., Conla.t. XXIII, VT, - CI. aussi TERTULLIEN, De Oralione, XVl (P. L., I,1173-1174) : Siquidem irreverens est assidere sub conspectu, conlraque conspectum ejus, quem quam maxime reverearis, ac renereris ; quanto magis sué conspectu Dei vivi„ angelo adhuc oratouis aslante, etc - S. EPHREM, Paraenesis XIX (Opp. graec, lat., t, Il, p. 95

[2]              VIRGILE, Géorgiques, I. Il, 461- :162

[3]              MATTH, Vl 7 Sq

[4]              Epist. CXXX ad Probam, 20. P. L., XXXlll, 501-502.

[5]              Inst., Il, X ; Conlat. IX, XXXVl

[6]              Conlat. IX, XXVlII.

[7]              Monachi autem illud opus est praecipuum ut orationem puram of ferai Deo nihiI habens in conscientia reprehensibile(RUFIN., Hist. monach., c. I. ROSWEYDE, p. 453).

[8]              S. GREC. M. Dial .,I. Il, c. XVIl.

[9]              Cf. S. Th., Il- IIe, q. LXXXlll, a. 14, Utrum oratio debeat esse diulurna.

[10]             ) Hoc praecipue est in oratione petendum, ut Deo uniamur (S. Th., Il, Il, q. LXXXlll, a. I, ad 2).

[11]             Inst., lI, Vll ; cf. ibid., X. - La, Règle de S. PACÔME disait : Cumque nuanum percusserit stans prior in gradu, et de scripturis quidpiam volzens memonter, ut, orataone finiente, nullus consurget lardius, sed omnes pariter levabunt (Vl).

[12]             CASSIEN mentionne la prière finale des offices : Salis vero constat illum trime eurvationis numerum, qui solet in congregationibus fratrurn ad concludendam synaxin celebrari, eum qui intento animo supplicat obsercare non posse (Conlat. IX, XXXlV). D. BITUMER préfère lire orationis au lieu de curvatïonis, et Sion supplicat (Hist. du. Bréa., t. I, p. 148, note l).

[13]             S. GREG. M., Dial., I. Il :, c. IV,

 

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Dom Paul Delatte - Chap XIX Comment il faut psalmodier
Écrit par Administrator   
10-05-2009
 

Ecrit par Dom Paul Delatte (1848, 1937), troisième abbé de Solesmes: Commentaire de la Règle de saint Benoît - Chap XIX Comment il faut psalmodier

 

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Ubique credimus divinam esse prasentiam et oculos Domini in omni loco speculari bonos et malos maxime tamen hoc sine aliqua dubitatione credimus, cum ad opus divinum assistimus

Nous croyons que la divine présence est partout et que “ les yeux du : Seigneur regardent en tout lieu les bons et les méchants ”. Cependant croyons-le surtout sans le moindre. doute quand. nous nous tenons à l’office divin.

 Les deux derniers chapitres de la section relative à l’office divin n’ont plus rien de technique : ils précisent les dispositions, les dispositions intérieures surtout, que nous devons apporter à la psalmodie (c’est-à-dire, en général, à L’ŒUVRE de Dieu) et à la prière privée.

“ Nous croyons que Dieu est présent partout et qu’en tout lieu les yeux du Seigneur regardent attentivement bons et mauvais... ” C’est comme un rapide retour vers la doctrine du premier degré d’humilité la crainte de Dieu déterminera notre attitude au cours de toute prière. Et nous retrouvons l’indication du milieu où s’écoule notre vie. Nous vivons dans un sanctuaire, tout près de Dieu, cœur à cœur avec Dieu. Il faut y penser assidûment. Une action intelligente, disait Aristote, est celle quae de intrinseco procedit cum cognitions eorum in quibus est actio : ce qui part de l’intime, non sous forme de réaction purement mécanique, ni par servitude, mais spontanément, et avec la connaissance de tout ce qui concerne cette action, au moins de ses circonstances considérables. Or notre vie n’est réellement intelligente, elle n’a chance d’être intéressante’ de se développer et de réussir, que lorsque nous prenons conscience de son caractère, du cadre des circonstances graves et même solennelles où elle se déroule. Plus simplement que le Stagire, saint Benoît nous dit : Credimus... sine aliqua dubitatione credimus : nous croyons. Il s’agit de faire honneur à notre foi. Nous ne l’honorons que lorsque nous nous inclinons pratiquement devant elle ; jusque-là, elle n’est qu’une sorte de système philosophique, une conception platonique et sans effet. Le moine est un croyant et doit prendre sa foi au sérieux.

Or, nous savons par notre foi que la présence de Dieu est universelle et que son regard éclaire invisiblement toute activité humaine ; nous savons qu’en tout lieu et à toute heure nous avons la facilité et la douce obédience de vivre devant lui et de lui rendre hommage. Néanmoins cet hommage est privé, officieux, il vient de l’affection personnelle ; il est libre dans son expression ; et, à condition de demeurer toujours infiniment respectueux il est affranchi de tout cérémonial et de toute étiquette. Mais la liturgie sainte rend à Dieu un culte officiel ; et si Dieu n’est pas plus présent à l’heure de l’office divin qu’à celle de la prière privée, il y a cependant pour nous un devoir spécial de réveiller et d’appliquer notre foi lorsque nous prenons part à cette entrevue officielle où tous les détails sont prévus, toutes les attitudes réglées par l’étiquette divine. L’audience du Seigneur est toujours ouverte : mais l’audience de l’office divin est solennelle. Dieu y est entouré d’une majesté plus redoutable ; nous paraissons devant lui au nom de l’Église entière ; nous nous identifions à l’unique et éternel Pontife, Notre Seigneur Jésus Christ ; nous accomplissons L’ŒUVRE par excellence. 
 
Ideo semper memores simus quod ait Propheta : Servite Domino in timore. Et iterum : Psallite sa pienter. Et : In conspectu angelorum psallam tibi. Ergo consideremus qualiter oporteat nos in conspectu divinitatis et angelorum esse et sic stemus ad psallendum ut mens nostra concordet voci nostrae

 

 

 

Aussi souvenons-nous toujours de ce que dit le Prophète : “ Servez le Seigneur dans la crainte ”, et encore “ Psalmodiez avec attention ”, et “ En présence des anges je te chanterai des psaumes. ” Considérons donc comment il faut être sous le regard de la divinité et de ses anges, et tenons. nous pour psalmodier de telle sorte que notre esprit soit à l’unisson de notre voix.

 

 

 

 

Pensons-y seulement, faisons acte d’intelligence surnaturelle : memores simus, consideremus. Faisons “ la composition du lieu ” comme disent les méthodes modernes d’oraison. Nous sommes en face de la Divinité. Et toute la création est réunie. Et les anges entourent l’autel. Nous allons psalmodier avec eux (Ps. CXXXVll, 1) et chanter le triple Sanctus qu’ils nous ont appris ; ne convient-il pas qu’avec eux nous rivalisions de respect et de tendresse ? Ils se voilent la face de leurs ailes : vous aussi’ dit le prophète David, “ servez le Seigneur avec crainte ” (Ps. Il, 11). Et encore : “ Psalmodiez avec sagesse ” (Ps. XLVl, 8), c’est-à-dire, ayez conscience non pas seulement des mots prononcés, non pas seulement de ce qu’ils contiennent de doctrine, mais aussi, mais surtout de celui à qui vous parlez. Souvenez-vous enfin que, plus heureux peut-être que les moines de saint Benoît, vous avez le Saint-Sacrement dans l’oratoire.

Comme nous reconnaissons bien le procédé libéral, tout intime, tout spirituel de N. B. Père ! La voie de contrainte, les textes législatifs les plus impérieux, la science parfaite des rubriques ; tout cela n’est capable de produire qu’une correction extérieure, et encore ! Si l’âme est absente ou le cœur glacé, si l’office divin n’est plus qu’un exercice d’assouplissement du corps et de la voix, il ne tardera guère à devenir un exercice d’ennui, de mortel ennui. Et cela paraîtra ; et cela se traduira par des bâillements, des impatiences, des regards indiscrets, des irrévérences de toutes sortes. Que faites-vous à la Messe ? demandait-on à un chrétien distrait. - J’attends que cela finisse, répondit-il. Que ferez-vous donc dans l’éternité, où cela ne finira point ?

Bien des conditions d’ailleurs sont requises pour que l’idéal de N. B. Père soit réalisé. Il faut l’estime conventuelle pour l’office divin ; et c’est aux supérieurs de l’entretenir ou de la restaurer, de toutes manières et avant toutes choses. Il faut encore l’estime personnelle ; et elle s’avive par l’étude et par l’habitude des relations affectueuses avec le Seigneur. Comment l’âme qui s’occupe de tout, sauf de Dieu, en dehors de l’oratoire, pourrait-elle se flatter d’éviter, au cours de l’office divin, la divagation ou la torpeur ? La préparation éloignée à la prière est recommandée par tous les maîtres de l’ascétisme [1]. Ils nous parlent aussi d’une préparation prochaine et immédiate ; et nos Constitutions y ont pourvu en nous ménageant, avant chaque office, les quelques minutes de“ station” sous le cloître : elles sont précieuses, et il serait difficile d’en exagérer l’importance. C’est alors que nous accordons notre âme, notre instrument spirituel. Ayons donc la prudence de ne pas poursuivre à la “ station ” des recherches ou des combinaisons mentales commencées ; ce n’est pas non plus un lieu de conversations, d’échanges quelconques : Ante orationem praepara animam tuam et noli esse quasi homo qui tentat Deum (ECCLI., XVIll, 23).

 

L’entrée à l’église, la tenue au chœur et les mouvements divers sont réglés par le cérémonial et surveillés doucement par le cérémoniaire. dais l’un et l’autre seraient impuissants à assurer l’exécution à la fois précise et souple, grave et simple, des gestes liturgiques, si chacun n’apportait toute sa présence d’esprit, toute sa mesure de distinction, de courtoisie surnaturelle, d’abnégation enfin : nous devons alors surtout prendre conscience de tous et coordonner nos mouvements avec les mouvements d’autrui. Tous les rites, même les plus menus, seraient observés exactement, avec ordre et pourtant sans l’allure symétrique et rigide de soldats à la parade, si chacun était attentif au sens et à propos de la cérémonie qui s’accomplit. L’abnégation est peut-être plus indispensable encore lorsqu’il s’agit du chant : mieux vaut tolérer un peu d’erreur que de sacrifier le mouvement d’ensemble, l’unanimité vocale, et de transformer le chœur en une arène ou un champ clos. Les Constitutions nous demandent de “ ne point épargner notre voix ” ce qui n’est pas une invitation à étouffer toutes les autres ; et quand elles nous décrivent les qualités du vrai chant sacré, son allure virile et tranquille, ce n’est point pour abandonner aux compétences individuelles une interprétation qui est, de droit, réservée au Maître de chœur. Sur ce terrain encore, nous devons apporter tous nos soins, et une préparation s’impose : on n’improvise pas l’exécution de certaines pièces du répertoire grégorien ; il ne faut pas que, la profession une fois émise, nous disions adieu pour toujours à l’étude du Graduel et de l’Antiphonaire. Ce ne sera jamais assez bien pour le Seigneur ; et encore qu’il ne convienne jamais de s’appliquer davantage, simplement pour satisfaire aux exigences esthétiques de quelques auditeurs et pour soutenir la réputation d’une “ schola ”, il faut pourtant nous souvenir que le chant et la psalmodie sont notre forme d’apostolat et que nous devons aux âmes cette prédication si pénétrante.

Mais ce ne serait pas assez d’assurer la dignité et la bonne exécution matérielle de l’office divin. Il convient que notre intelligence sache à qui s’adressent paroles et mélodies ; il convient qu’elle soit attentive à la pensée du Psalmiste et de l’Église. Il convient que notre cœur s’échauffe réellement tandis que notre voix retentit. Et, pour achever l’harmonie, notre vie elle-même se mettra d’accord avec notre pensée, notre amour et notre voix. Alors, mais alors seulement, la liturgie aura atteint son double but : honorer Dieu et nous sanctifier. Encore une fois, remarquons bien le procédé de saint Benoît pour inspirer le respect de l’oratoire et l’attention à la prière. Il ne songe pas, comme d’autres législateurs monastiques [2], à combattre la rêverie et le sommeil en faisant tresser des corbeilles ou des nattes pendant les longues psalmodies et les lectures ; chez lui L’ŒUVRE de Dieu s’accomplit tout entière dans la maison de Dieu : Oratorium hoc sit quod dicitur ; nec ibi quidquam aliud geratur aut condatur (chap. LIl). Il nous suppose chrétiens ; il nous suppose réfléchis, il ne nous donne d’autre règle que notre lumière surnaturelle : consideremus ; il nous invite à éliminer l’illogisme, le désaccord entre ce que nous savons et ce que nous sommes volontairement ; à faire de toute notre vie un exercice constant d’eurythmie, de loyauté, de délicatesse. Et N. B. Père ramasse sa doctrine dans cette sentence frappée à l’antique : Ut mens nostra concordet voci nostrae. Elle rappelle celle de saint Augustin [3]., insérée par saint Césaire dans sa Règle aux vierges [4]

 

Psalmis et hymnis cura oratis Deum, hoc versetur in corde quod profertur in voce.

 



[1]              Méditons ces lignes de S. BASILE, dont N. B. Père s’est souvenu en écrivant ce chapitre et le suivant : Quomodo obtinebit quis ut in oratione sensus ejus non vagetur ? Si cerius sit assistere se ante oculos Dei. Si enim quis judicem suum videns vel principem, et loquens cum eo, non sibi oredit licitum esse vagari oculis, et aliorsum aspicere, dum ipse loquitur ; quanto magis qui accedit ad Dominum, nusquam debet morere oculum cordis, sed intentus esse in eum, qui scrutatur renes et corda ?... Si possibile est obtinere ho .minera, ut in omni tempore et loco non vagelur mens sua,roel quomodo id fieri potest ? Quia possibile est, ostendit ille qui dixit : Oçuli mei semper ad Dominuna. Et iterum : Provi.debam Dominum in conspectu meo semper ; quia a dextris est mihi ut non commovear. Quomodo autem possibile sit, praediximus ; ad est, si non demus animcu_ nostrae otium, sed in omni tempore de Deo, et de operibus ac de beneficiis ejus, et de Bonis cogitemus et haec cum confessione, et gratiarum actione semper volvamus in mente, sicut seriptum est : Psallite sapienter (Reg. contr., CVlll, ClX. Cf. ibid., XXXlV. - CASS., Conlat. V, XVll, XVlll). - La Vie spirituelle et l’oraison, chap. Vll.,

[2]              Cf CALMET, Commentaire sur le chap. Xl

[3]              EpisL CCXI, 7. P. L., XXXIII, 960. Dans l’Enarratio in Psalmum CXLVI (2) nous lisons : Qui ergo psallit, non sofa voce psallit ; sed assumpto etiam quodam organo quod vocatur psalterium, accedentibus manibus voei concordat. Vis ergo psallere ? Non solum vox tua sonet laudes Dei, sed opera tua concordent cum noce tua (P. L., XXXVII, 1899). Dans la Lettre XLVIII (3) à l’abbé Eudogius et à ses moines, S. AUGUSTTN écrit : ... Sive cantantes et psallentes in cordibus üsstris Domino, vel vocibus a corde non dissonis... (P. L., XXXIII, 188-189

[4]              C. XX. - Lire un beau Sermon de S. CÉSAIRE sur ce thème, dans l’appendice aux Sermons de saint Augustin, CCLXXXIV, P. L., XXXIX, 2282-2283.

 

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Dom Paul Delatte - Chap XVII Combien de psaumes il faut dire à ces mêmes heures (de jour)
Écrit par Administrator   
10-05-2009
 

Ecrit par Dom Paul Delatte (1848, 1937), troisième abbé de Solesmes: Commentaire de la Règle de saint Benoît - Chap XVII Combien de psaumes il faut dire à ces mêmes heures (de jour)

Jam de nocturnis, vel matutinis digessimus ordinem psalmodias nunc de sequentibus horis videamus Prima hora dicantur psalmi tres sigillatim et non sub uns Gloria, hymnus ejusdem horae post versum Deus in adjutorium meum intende, antequam psalmi incipiantur. Post expletionem vero trium psalmorum, recitetur lectio uns, versus et Kyrie eleison, et missae sint

Précédemment nous avons décrit ; l’ordonnance de la psalmodie pour les vigiles et les laudes. Voyons maintenant les heures suivantes. L’heure de prime aura trois psaumes avec le Gloria à la fin de chacun ; mais avant de commencer la psalmodie, on chantera l’hymne de cette heure à la suite du verset “ Dieu, viens à mon aide. Une fois les trois psaumes achevés, on . récitera une lecture brève, un verset, le Kyrie eleison et la conclusion.

Nous avons déjà à réglé, dit saint Benoît, l’ordre de la psalmodie pour les Nocturnes et les Matines ; voyons maintenant ce qui concerne les Heures suivantes. Son dessein est d’indiquer le schéma la forme des offices de jour, en suivant l’ordre selon lequel ils se présentent : la matière de la psalmodie nocturne et diurne fera l’objet du chapitre suivant.

Voici d’abord la composition de Prime : le verset Deus in adjutorium, puis le Gloria, comme il est dit au début du chapitre XVlII ,.ensuite l’hymne propre à cette Heure. C’est ainsi que débuteront les trois Heures suivantes. De même, la psalmodie de Prime et de ces trois Heures comprendra trois psaumes. Dans les monastères de Palestine, de Mésopotamie et de toute cette région orientale, remarquait Cassien, Tierce, Sexte et None comprennent chaque jour trois psaumes [1] ; ceux qui ont adopté Prime récitent à cette Heure-là les psaumes L, LXll et LXXXlX [2]. Le dimanche, ajoute saint Benoît au chapitre suivant, on dira à Prime, par exception, non pas trois psaumes, mais les quatre premières portions du psaume CXVIll. Ces psaumes doivent être dits séparément, chacun avec son Gloria, et non pas réunis sous un seul Gloria, comme, par exemple les trois derniers psaumes de Laudes. Après la psalmodie on récite une leçon ; puis viennent le verset, le Kyrie eleison et les missae. Nous avons indiqué plus haut brièvement ce que pouvaient être ces prières finales et les sens divers du mot missa [3]. Toute la portion de Prime que nous disons au chapitre (Martyrologe, prières du travail manuel, lecture de la Règle) date des huitième neuvième siècles et vient des usages monastiques [4].

 

Tertia vero sexta et nona eodem ordine celebretur oratio : versus hymni earumdem horarum, terni psalmi, lectio, versus, Kyrie eleison et missae sint. Si major congregatio fuerit, cum antiphonis dicantur ; si vero minor, in directum psallantur

 

A tierce, à sexte et à none la prière se, célèbrera selon le même ordre : le verset, l’hymne de chaque heure, trois, psaumes, une lecture brève et un verset, le Kyrie eleison et la conclusion. Si la communauté est nombreuse, la psalmodie sera avec antiennes, sinon on psalmodiera d’un trait.

 

 

La meilleure leçon du début de ce texte est probablement celle que nous venons de transcrire, en plaçant de plus id est avant versus : la prière, la portion de L’ŒUVRE de Dieu qui se célèbre à Tierce, celles de Sente et de None, auront la même forme nue Prime, c’est-à-dire comprendront le verset Deus, une hymne propre, trois psaumes, etc. Si la communauté est nombreuse, les psaumes seront dits, aux quatre petites Heures avec antiennes intercalées ; sinon, on les dira in directum [5]. Ces Heures du jour sont brèves, comme il convient pour des hommes qui travaillent ; elles sont simples, de manière à pouvoir être récitées de mémoire, su lieu même du travail (chap. L)

 

Vespertina auteur synaxis quatuor psalmis cum antiphonis terminetur post quos psalmos lectio recitanda est, inde responsorium, ambrosianum, versus, canticum de Evangelio, litanix et oratio dominica fiant missae

 

L’office des vêpres comportera , quatre psaumes avec antiennes. Après ces psaumes, on récitera une lecture brève, puis le répons, l’hymne,. le verset, le cantique de l’Évangile, la, et prière litanique et, comme conclusion,. la prière du Seigneur.

 

 

La psalmodie des Vêpres est moins longue que celle du Lucernaire des anciens, des moines d’Égypte [6] et de saint Césaire par exemple ; elle ne comprend que quatre psaumes. De même, au lieu de plusieurs longues leçons, saint Benoît n’en demande qu’une seule, assez courte probablement et pouvant être récitée de mémoire, comme celle des petites Heures ; on se dédommagera, d’ailleurs, par la lecture qui précède Complies. Les psaumes sont dits avec antiennes. Ensuite, un répons, l’ambrosien, c’est-à-dire l’hymne, le verset, le cantique de l’Évangile ou Magnificat, les litanies, l’Oraison dominicale, et fiant missae.

 

Completorium autem trium psalmorum dictione terminetur psalmi directanee et sine antiphona dicendi surit. Post quos hymnus ejusdem horae lectio una, versus Kyrie eleison et benedictio et missae fiant.

 

Pour les complies, on se limitera à, qui trois psaumes qui seront chantés d’un trait sans antienne, puis l’hymne de cette heure, une lecture brève et un, verset, le Kyrie eleison et, pour finir, ; la bénédiction.

 

 

Saint Benoît se réserve de parler ailleurs de la lecture qui précède Complies (chap. XLlI) ; la leçon brève : Fratres, sobrii estote..., en est un vestige et fait double emploi avec elle, dans notre liturgie actuelle. Complies comprendra d’abord la récitation de trois psaumes non antiphonés, selon le mode direct. Puis l’hymne propre à cette dernière Heure du jour : Laudes, Vêpres et Complies ont leur hymne après la psalmodie. Enfin une leçon brève, un verset, le Kyrie eleison, la bénédiction et les prières de conclusion ou le renvoi. Rappelons-nous le peu qui a été dit de la bénédiction, au chapitre XI, où saint Benoît signalait la bénédiction qui termine les Vigiles : Et data benedictione incipiant Matutinos ; l’office de nuit et les Heures de jour s’achèvent ainsi de la même manière. Souvenons-nous aussi que, dans la synaxe antique, le renvoi des catéchumènes ou des fidèles n’était prononcé qu’après une série de prières où le diacre et l’évêque énuméraient les intentions de tous, formulaient les vœux et les sentiments de la communauté ; après quoi l’évêque donnait sa bénédiction. Il est vraisemblable qu’à la fin des Vigiles et de Complies, l’Abbé enveloppait lui aussi tous les siens dans une bénédiction et accompagnait son geste d’une formule, arbitraire ou fixée [7]. Les coutumes monastiques ont gardé la bénédiction de Complies et y attachent une réelle importance. Nul ne doit être absent à ce moment-là ; c’est un acte de communion avec sa famille et avec son Abbé ; et la bénédiction doit être portée à ceux du monastère qui ne peuvent venir la recevoir

Les commentateurs se demandent pourquoi N. B. Père n’a rien dit de la Messe, qui est pourtant le point culminant de toute la liturgie. Saint Benoît, répétons-le, n’a pas eu le dessein de tout dire : il passe sous silence les points de discipline ecclésiastique commune ; et, parmi les observances proprement monastiques, il n’indique que les principales, celles qu’il adopte chez lui, celles qui avaient besoin .d’être déterminées par des règles précises. Il parle ailleurs per transennam de la Messe et de la communion, qui avaient lieu le dimanche et les jours solennels (chap. XXXV, XXXVlII, LXlII) [8] ; il permet à l’Abbé de faire ordonner des prêtres et des diacres pour le service religieux du monastère et l’officium altaris (chap. LXlI) ; l’Abbé peut inviter les prêtres qui embrassent la vie monastique à donner les bénédictions ou -à célébrer la Messe : aut Missam tenere (chap. LX). Deux siècles avant saint Benoît, les moines, comme les chrétiens fervents du monde communiaient très souvent, et même tous les jours ; et il n’était pas indispensable de le faire à une ;Messe, puisque chacun pouvait emporter la sainte Eucharistie chez soi [9]. Rufin nous a conservé cette recommandation de l’Abbé Apollonius : Sed et hoc monebat ut, si fieri posset, quotidie monachi communicarent mysteriis Christi, ne forte qui se longe facit ab his, longe facit a Deo [10]. L’usage de la Messe conventuelle quotidienne est fort ancien, et D. Martène en relève un exemple dès le début du cinquième siècle dans la vie de saint Euthyme [11] ; c’était la coutume à Cluny.



[1]              Inst., Ill, Ill

[2]              Ibid., Vl

[3]              Voir les commentaires de MARTÈNE et de CALMET sur ce chapitre XVll.

[4]              Cf. D. BAUMER, op. cit., t. I, p. 361-362, 374-376,

[5]              Voir le commentaire du chapitre lX, p. 163

[6]              CASS , Inst., Il, Vl.

[7]              Le concile d’Agde de 606 décrète : In conclusione matutinarum vel vespertinarum misarum, post hymnos, capitella de psalmis dicantur, et plebs collecta oratione ad vesperam ab episcopo cum benedictione dimittatur (Can. XXX. MANSI, t. VlII, col, 330).

[8]              CASSIEN écrivait des moines d’Égypte : Die sabbato mi dominica... hora tertia sacrae communionis obtentu conveniunt (Inst., llI, lI).

[9]              S. BASIL., Epist. XCIII ad Caesariam patriciam. P. G., XXXIl, 489 485 Cf. D. CHAPMAN, la Communion fréquente dans les premiers âges (Mémoire lu au XlXe : Congrès eucharistique international de Westminster, 1908, p. 161-168 du C. D. BESSE, les Moines d’Orient, p. 351-354 ; les Moines de l’Ancienne France, p. 445 448

[10]             Hist. monach., c. VIl. ROSWEYDE, p. 464

[11]             Acta SS., Jan. t. Il, p. 309. - Cf. MARTÈNE, De ant. monach. rit., I. II, c - CALMET, Commentaire sur le chap. XXXV.

 

 

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